Le rôle social de l’éducation : entre la protection et la mobilité sociales - Société d'habitation du Québec

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Le rôle social de l’éducation : entre la protection et la mobilité sociales

La pauvreté et l’exclusion sociale font émerger de nombreux défis sociaux, économiques et de santé publique. C’est pour répondre à ces défis que le Fonds de recherche du Québec – Société et culture, en partenariat entre autres avec la SHQ, s’est engagé à financer cette étude.

Cette étude a été dirigée par M. Pierre Doray, docteur en sociologie, en partenariat avec l’Université du Québec à Montréal. Le rapport final a été déposé en novembre 2019.
La première partie de cette étude présente une analyse de la mobilité différenciée selon le sexe au Québec ainsi qu’une comparaison du rôle de l’école québécoise comme ascenseur social par rapport à la moyenne canadienne. Dans la deuxième partie, les résultats permettent d’estimer à la fois l’effet net de l’origine sociale sur l’accès aux différentes filières de l’école secondaire et l’effet de l’origine sociale sur l’accès à l’enseignement collégial. Enfin, la dernière partie démontre que la formation à l’emploi contribue à la progression du revenu et au niveau de progression du revenu.

Objectifs de l’étude

Le premier objectif des auteurs de cette recherche était de connaître les évolutions contemporaines de la mobilité scolaire intergénérationnelle. À cette fin, l’Enquête auprès des jeunes en transition (EJET) de Statistique Canada et l’outil méthodologique que constituent les tables de mobilité ont été utilisés afin de mesurer la mobilité scolaire intergénérationnelle différenciée selon le sexe au Québec, en plus d’établir une comparaison avec le reste du Canada. Le second objectif consistait à analyser les effets à long terme de la segmentation scolaire, c’est-à-dire la sélection des meilleurs élèves dans les écoles privées et l’apparition de projets pédagogiques particuliers dans les établissements publics, et à comprendre le rôle de cette segmentation dans la reproduction des inégalités. Enfin, le troisième objectif de cette recherche concernait la participation des adultes à la formation continue : les auteurs dressent un portrait des mécanismes de reproduction et de mobilité au sein de la population canadienne en lien avec la formation continue pour comprendre le rôle que joue celle-ci en termes de mobilité sociale et de retombées socioéconomiques concrètes.

Faits saillants

La mobilité scolaire intergénérationnelle

  • La mobilité scolaire structurelle, mesurée par les niveaux de diplômes obtenus par les parents et les répondants, démontre une ascension asymétrique selon le sexe. Dans les dernières années, l’ascension scolaire a profité principalement aux Québécoises, et ce, pour la plus récente génération étudiée.
  • En 2010, les femmes étaient diplômées de l’université à 38 % et les hommes, à 22 %, une situation tout à fait inversée par rapport à l’année 2000, où seulement 21 % des femmes avaient un diplôme universitaire contre 24 % des hommes.
  • Cette inégalité se retrouve principalement chez les hommes ayant des parents faiblement scolarisés.
  • Pour les femmes, le niveau de diplôme des parents exerce une influence surtout sur la probabilité qu’elles ont d’obtenir un diplôme universitaire. Pour les hommes, le niveau de diplôme des parents agit surtout sur la probabilité d’obtenir un diplôme de niveau secondaire ou moins.
  • Les hommes sont plus influencés par le diplôme de leur père que par celui de leur mère, alors que l’effet de ces diplômes est semblable chez les femmes. Les hommes obtenant un diplôme universitaire ont majoritairement des pères ayant également un diplôme universitaire.
  • Au Québec, la probabilité d’une plus faible diplomation (secondaire ou moins) est plus élevée que dans le reste du Canada. Les inégalités selon l’origine sociale et selon le sexe sont toutes deux plus grandes au Québec que dans les autres provinces canadiennes. De plus, dans l’ensemble du Canada, c’est dans la province de Québec que se trouve le plus faible taux d’ascension scolaire chez les hommes.

La segmentation scolaire et la reproduction des inégalités

  • Le fait de vivre au sein d’une famille dont le revenu se situe dans le quintile supérieur augmente la probabilité qu’au moins un des deux parents ait un diplôme d’études postsecondaires. Ainsi, les élèves provenant de ce type de famille ont plus de chances de fréquenter des filières de l’enseignement secondaire autres que l’enseignement régulier du secteur public.
  • La fréquentation d’une filière autre que l’enseignement régulier dans une école publique accroît les probabilités qu’un individu entreprenne des études postsecondaires.
  • Contrairement au capital économique, le capital scolaire joue un rôle important dans le cheminement scolaire.
  • Il existe une ségrégation créée par la concurrence entre les écoles publiques et les écoles privées qui favorise la reproduction des héritages socioéconomiques et culturels par le choix de la filière de l’enseignement secondaire.

La participation des adultes à la formation continue

  • La progression du revenu et le niveau de progression du revenu sont influencés par la formation liée à l’emploi. En effet, la formation liée à l’emploi contribue significativement à la croissance du revenu pour la population globale, à l’exception des individus ayant un diplôme de niveau secondaire ou moins.
  • Au Québec, le niveau de croissance du revenu diminue lorsqu’un individu possède une scolarité de niveau secondaire ou moins, puisque les individus dans cette situation se prévalent dans une moindre mesure de la formation à l’emploi. Dans le reste du Canada, la participation aux programmes de formation diminue en fonction de l’âge et du fait d’être un homme.

Conclusion

L’origine sociale et l’accès aux filières en éducation influencent grandement l’accès à l’enseignement postsecondaire. De ce fait, les auteurs de cette étude suggèrent de penser l’école comme un lieu inclusif afin de réduire les disparités sociales. L’offre d’un curriculum en éducation qui mise sur la mixité sociale et l’inclusion scolaire favoriserait un enrichissement éducatif ouvert à tous. Le plus important mécanisme d’ascenseur social est la formation liée à l’emploi. Pour favoriser la mobilité sociale, les auteurs soulignent l’apport positif de la formation continue; celle-ci a l’avantage de mener à la croissance du revenu. Les auteurs recommandent des politiques québécoises d’accès à la formation continue qui ciblent les personnes moins scolarisées pour permettre une croissance du revenu uniforme dans la population.

Pour conclure, les auteurs proposent quelques pistes de recherche. Afin de mesurer l’évolution des inégalités scolaires et sociales, il serait important d’établir un programme d’enquêtes récurrentes sur les rapports entre éducation, économie et société. De plus, considérer les effets combinés de différents facteurs sociaux tels que le sexe, l’origine sociale, les différences culturelles ou le lieu de résidence aiderait à rendre compte de l’effet d’ascenseur de l’éducation dans une perspective intersectionnelle. Enfin, il faudrait prioriser une approche d’analyse longitudinale lorsqu’il est question de mesurer les effets socioéconomiques de la formation aux adultes, puisque des données sur l’emploi occupé lors de la formation et sur celui occupé après la formation sont essentielles à une telle analyse.

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